Les signes révélateurs d’une mauvaise traduction par IA

Comment les traductions non-humaines peuvent endommager la réputation de votre marque

On est en 2026. Beaucoup parmi nous ne se posent même plus la question de payer un traducteur ou de tout traduire par l’IA gratuitement. Faire traduire un texte par un LLM (Large Language Model) est un geste facile, rapide, sans besoin de réflexion. Mais c’est exactement ce manque de réflexion qui risque non seulement d’endommager votre réputation, mais aussi de créer des malentendus et même de dissuader d’éventuels clients du monde anglophone. Vous ne me croyez pas ? Vous avez récemment traduit votre site avec ChatGPT et vous jugez que la traduction était « plutôt bien » ? Alors, dans cet article, je vais souligner et expliquer quelques fausses traductions qu’on retrouve souvent dans les traductions automatiques et qui passent souvent inaperçu par les francophones, en apportant mes réflexions en tant que traductrice et anglophone.

« I discover »

Pourquoi ça ne marche pas : C’est un grand classique. « Je découvre » est souvent traduit par « I discover » par les outils IA. Assez logique, non ? En revanche, ça sonne très mal en anglais. Déjà, l’emploi du sujet “I” n’est pas du tout attendu dans un tel élément de l’interface utilisateur. De plus, « discover » est un verbe transitif en anglais, donc il manque l’objet ! Du coup, ça paraît un peu étrange, ou même enfantin, aux oreilles et aux yeux d’un anglophone. Pour un élément aussi clé qu’un Call to Action, de telles traductions littérales sont à éviter.
À remplacer par : « See more » / « Browse »
Pourquoi l’humain fait mieux : Un traducteur humain peut comprendre tout de suite le but de cet élément de langage, et l’importance d’une traduction adaptée et engageante. Un LLM (IA) est un modèle prédictif. On l’alimente avec une chaine de mots sans expliquer à quoi ils servent ni donner du contexte visuel, et le résultat ne sera pas très nuancé.

« Parcours »

Pourquoi ça ne marche pas : On parle beaucoup moins en anglais de ce « parcours » de visite, et beaucoup plus de la « visite » ou de « l’expérience » en soi. Souvent, il vaut mieux le couper de la traduction en anglais et généraliser le texte pour éviter les malentendus. Le mot « trail » ou « path » en anglais (deux possibles traductions du mot « parcours ») sont sont relatifs à la randonnée, ou à un chemin de vie… pas trop aux musées.
À remplacer par : « Our permanent collection » / « Our permanent exhibition »
Pourquoi l’humain fait mieux : Un traducteur humain, surtout un traducteur spécialisé dans l’histoire de l’art, va comprendre le sens plus large de ce « parcours », et saura le traduire dans d’autres mots plus accessibles au lecteur anglophone. Une IA ne se permettra pas d’omettre ce mot, et insistera pour le traduire, même au détriment du texte final.

« Animation »

Pourquoi ça ne marche pas : Un des faux-amis les plus courants qui échappe souvent aux IA. En anglais, animation fait référence uniquement au dessin animé, et un animator s’occupe uniquement de l’art de créer des dessins animés pour des films, des jeux vidéo, etc. Ce serait donc très drôle d’imaginer un chef en train de faire un live animation. Pour des spectacles, des démonstrations, des activités interactives, on emploie un nombre de mots qui varient selon le contexte, par exemple, « demonstration », « show », « tutorial » …
À remplacer par : Live demonstrations
Pourquoi l’humain fait mieux : Une IA s’en fiche royalement si vos clients attendent un petit film animé d’une recette de cuisine et finissent, dans la déception totale, par tomber sur un cuisinier qui prépare un œuf cocotte devant leurs yeux. Par contre, un traducteur humain connaît bien ce piège, et saura l’éviter en employant un terme plus adapté au contexte.

Titres ternes et mal traduits

Pourquoi ça ne marche pas : Tout simplement, l’image n’est pas le même en anglais. Si ça sonne bien et littéraire en français, ce n’est pas pour autant que ce sera le cas en anglais aussi. Les titres sont toujours un défi à traduire, et demandent une attention particulière pour que ce soit accrocheur en anglais.
À remplacer par : Changes to our collections / Our collections are changing / A few tweaks to our collections / Reshaping our collections (selon tone of voice du client)
Pourquoi l’humain fait mieux : Un être humain a quelque chose en abondance qu’une IA ne fait que parasiter : de l’imagination. Certains peuvent croire que les LLMs tels que ChatGPT ou Gemini possèdent une « créativité », mais ce n’est que l’effet aléatoire de la prédiction des mots et le recyclage de contenu volé… Ces outils ne comprennent jamais le sous-texte. Le traducteur, cependant, arrive à jouer avec le langage en gardant en tête votre public cible, puisant sur son expérience vécue pour éviter les clichés, les ambiguïtés, et les flottements de sens.

Quelques autres pépites

Pourquoi ? « Privatize » ou « privatise » en anglais signifie l’action d’un gouvernement ou des autorités de rendre privé un service ou un bâtiment et enlever son statut d’espace public – rien à voir avec la location d’un espace (« reserve for private use »).

Pourquoi ? La traduction a été copiée-collée en gardant la même mise en page du texte en français, sans l’adapter. Dans la plupart des cas, les traducteurs travaillent en collaboration avec les graphistes pour assurer une présentation harmonieuse, ce qui permet d’éviter ce genre de problème.

Pourquoi ? Ici en anglais on ne devrait pas mettre l’article ; on parle des « pebbles » dans le sens global (ou « rocks » plutôt, j’imagine), pas une collection spécifique. Ce genre de faute change le sens du titre de l’exposition, et invite la confusion.

Gardez un professionnel dans la boucle

Peut-être ces erreurs vous semblent négligeables, mais ces petits lapsus peuvent facilement donner une mauvaise première impression chez un client potentiel. On vit dans une époque où la qualité devient de plus en plus rare… Et pourtant si facile d’obtenir. C’est cette qualité, la marque du savoir-faire d’un être humain expérimenté et motivé, qui fera démarquer votre site web, et le transformer en bijou dans un océan de médiocrité.


Note : À contrecœur, je dois avouer que ces erreurs pourraient être évitées par un suivi plus judicieux du processus de traduction automatique (relancements, corrections, etc.) — mais, si on ne parle pas anglais couramment, on ne sera pas capable de 1) identifier les fausses traductions, 2) savoir quels passages il faut revoir, et 3) apercevoir des flottements de sens et de ton, et on sera donc obligé de miser sur un texte 100% IA, jamais vérifié par un anglophone. On your own head be it!